Me voici à Sceaux dans ce fameux lieu. On peut facilement s’imaginer à quel point tout ceci était incroyable pour moi. J’ai posé beaucoup de questions et j’ai eu presque une heure pour me balader librement dans le laboratoire. Et si vous vous posez la question: oui! J’ai pu manger du chocolat!
Sans attendre, voici l’interview que j’ai réalisée de Monsieur Patrick Roger.
Bernard: Avant de vous diriger vers la chocolaterie, vous êtes passé par la pâtisserie. Mais vous y êtes venu, car vous étiez un cancre à ce qu’il parait? (rires) Je ne savais pas que la chocolaterie était considérée comme moins importante que la pâtisserie!
Oui il y a beaucoup de choses, mais finalement tout est encore en cours. Ce dont je pourrais être le plus fier, serait de transmettre demain au client, ce que l’on sait faire de mieux. C’est aussi ma relation avec le client et de voir si il est heureux de consommer mon chocolat et de voir la notion de bonheur que l’on apporte. Vendredi dernier, j’étais en magasin et je n’ai jamais eu autant de compliments. C’est fantastique de voir le bonheur que l’on apporte. C’est quand même quelque chose qui est fort. Cela fait trente ans que je fais ce que je fais, et de pouvoir transmettre son savoir à ses équipes, c’est ça le plus beau dans l’histoire aussi. Parce que faire le tour du monde à la voile, en solitaire. Bon… Mais le faire en équipage, ça, ce n’est pas la même histoire. Cette transmission est quand même super importante car c’est de plus le seul moyen, pour que le client soit heureux de ce qu’il mange. Cela doit être un moment d’émotions. Si vous n’avez pas d’émotions dans ce que vous mangez, c’est nul quoi! (rires) C’est vraiment le but. Quand vous mangez le chocolat au caramel citron vert, il y a une histoire dedans. Ce n’est pas que je me refuse à le croire. J’aimerais à la limite être un artiste. C’est peut être vrai sur la vente des bonbons chocolat, d’accord. Je veux bien l’entendre et l’admettre. Parce que c’est fait de façon artistique. On est dans une démarche floue. Pour Daisuke qui ne sait pas encore ce qu’il va faire, il est japonais et lui expliquer la démarche est complexe. C’est une vision artistique sans doute! Pour le reste, j’ai encore du mal à me revendiquer. Pour les sculptures en chocolat, peut être que ma vision changera si je vends plus de pièces. Cela passe par le client, c’est essentiel. J’espère en avoir encore plus, car c’est ça qui permet de développer et de se diversifier.
Aviez-vous le rêve ou l’intuition en commençant dans ce métier, que celui-ci allait vous mener là où vous en êtes aujourd’hui?
Des kilos de praliné « maison » qui seront débités en petits cubes, puis enrobés de chocolat tempéré.
Les fameux hippopotames réalisés par le Maître en personne.
Rendez-vous également dans ses boutiques à Paris:
http://www.patrickroger.com/fr/boutiques.php
Saint Germain en Laye:
Et à Sceaux:
Oui c’est le séjour à Paris, mais surtout la copine! C’est le meilleur dictionnaire du monde. Pour vivre avec une parisienne c’est autre chose, mais pour apprendre c’est bien (rires)! Je suis donc venu au Portugal en étant journaliste. J’étais la quatrième génération d’une famille de cuisiniers. Mes parents, mes grands-parents étaient cuisiniers en Argentine, mais en Italie et en Suisse également. Mes grands-parents viennent d’Italie et de Suisse allemande. Mon grand père était suisse allemand et était chef pâtissier. Ma mère a appris la cuisine avec lui puis ma mère m’a appris. J’ai travaillé vers quinze ans dans le restaurant de ma mère. J’ai commencé avec de petites choses, comme servir la table puis j’ai commencé à y cuisiner. Vers seize ans j’étais le chef cuisiner du restaurant de ma mère. Mais à cette époque je détestais cuisiner. Je suis donc arrivé au Portugal en 1997, à vingt-cinq ans. Mais je ne savais pas écrire en portugais, ce qui est embêtant pour un journaliste. J’étais journaliste pour le papier, pas la télévision. C’est là que je me suis dit que je savais faire autre chose et bien sûr c’était la cuisine. Je me suis fait embauché dans une cuisine, et là j’ai appris beaucoup sur la langue et la société portugaise. J’observais beaucoup le comportement, les gens etc… Au bout de trois mois, le restaurant était plein, ma cuisine plaisait. Je mélangeais beaucoup de choses que j’avais découvertes lors de mes voyages.
J’étais journaliste. Je connaissais donc ce côté là. Les cuisiniers connaissent très bien la cuisine, mais ne savent pas forcément gérer l’autre côté du business. Le monde de la cuisine est très dur: quatre murs, des éclairages un peu tristes, des chefs qui hurlent (pas tout le temps heureusement!). D’un autre côté, j’avais interviewé des gens comme Bono, Mick Jagger, des personnalités énormes mais qui avaient su rester humbles. J’avais donc une vision globale qui incluait la cuisine. Cela m’a aidé à construire ma carrière et je n’ai jamais pris la grosse tête. J’ai gardé les pieds sur terre. J’ai profité du business, j’ai joué mon personnage, mais je suis resté finalement le même. Ce qui est facile car le Chakall que l’on voit à la télévision est le même qu’en vrai. Le personnage que je joue, c’est moi (rires). Quand je suis à la télévision, c’est moi sans vraiment exagérer le trait. Je suis le même que dans la vie. Il y a des gens qui m’aiment pour cela, et d’autres non. J’a appris cela en Afrique, je reste le même pendant un tournage, qu’avec une personne qui vient me voir après. Je pense que c’est une des raisons de mon succès, c’est que j’essaie de rester humble.
En fait assez oui. J’ai vite été pris comme traiteur de « catering » pour de gros événements, j’étais pris comme chef pour des restaurants, le temps de créer une nouvelle carte. J’ai surtout eu de la chance: j’étais là au bon moment et j’ai proposé quelque chose de nouveau pour le Portugal. Le fait d’être étranger et d’avoir un accent espagnol m’a aussi aidé. Je n’ai par contre jamais été attiré par les étoiles de Michelin. Ce n’est pas le monde de la gastronomie que j’ai en moi. J’ai des amis qui ont une étoile ou deux et qui sont fous de leur travail, mais tout cela n’est pas pour moi. J’ai envie de manger quelque chose qui peut me rappeler mon histoire, ma mère, ma grand-mère. J’aime la cuisine naturelle, simple, bien présentée. Il n’y a pas forcément besoin d’ajouter un espuma d’huitre sur un plat pour le rendre intéressant. Par exemple, un foie gras se suffit à lui même. Il n’y a pas besoin de superflu là dessus. Un fruit à la rigueur pour compenser.. Ce qui compte avant tout, c’est la qualité. En Argentine la simplicité c’est la viande, au Portugal le poisson, en France le fromage. Ces plats se suffisent à eux même.
Pour les lecteurs français qui ne te connaissent pas encore, commet définirais-tu ta cuisine?
Ma cuisine est ma cuisine et celle du monde. Je mélange tout. Et il faut y mettre du sentiment. Je le vois vraiment avec tous les cuisiniers. Il y a des jours où je ne me sens pas inspiré et il n’y a rien qui va en ressortir et d’autres jours où je me sens dans un état d’émotions intenses. Comme une fois à l’hôtel Saint Régis à Pékin où j’ai adoré ce que je faisais. J’étais comme en trans et les idées fusaient à toute vitesse. Mais c’était à un bon moment de ma vie, de ma journée…
Aimes-tu également la pâtisserie et son côté plus technique?
Oui j’aime beaucoup aussi. C’est très intéressant de connaitre ou de découvrir les températures pour le chocolat, le caramel. J’aime cuisiner autant les plats salés que les desserts. Cela doit être mon côté suisse allemand, italien ou français de ma famille! Les suisses aiment la perfection, l’exactitude…
Le vin a-t’il une place importante dans ta vie et ta cuisine? Car cela doit être le cas en étant argentin?
Bien sûr! J’adore le vin et je pense que l’on trouve d’excellents vins un peu partout dans le monde. La technique s’est surtout développée en France, mais s’est aujourd’hui démocratisée. Tout le monde a la technique. Il y le bon climat dans beaucoup d’endroits. Il y a en effet de très bons vins en Argentine, en France naturellement, en Italie, en Afrique du Sud. Je ne peux pas dire que je sois fan d’un pays en particulier, car j’ai goûté des choses magnifiques dans de nombreux pays. Je trouve d’ailleurs qu’il y a de moins en moins de mauvais vins. Le vin est donc important, je l’apprécie toujours. Je bois pourtant très peu, mais avec plaisir. Je n’ai pas besoin de devenir bourré (rires).
Dans notre cuisine française, y-a-t’il pour toi un plat, sucré ou salé qui sort vraiment de l’ordinaire?
J’ai eu une copine à Toulouse et c’est grâce à elle que j’ai découvert plein de choses. J’ai « compris » le foie gras, j’ai « compris » des choses qui ne m’intéressaient pas plus que cela auparavant. Pour nous en Argentine, le foie gras n’existe pas, c’est du pâté. Et la première fois que j’ai goûté un foie gras, c’en était un « maison » dans le Sud Ouest. C’était la grand-mère de ma copine qui l’avait fait. J’ai goûté ça et je me suis dit: « ça c’est Dieu »! (rires) Les oies et les canards étaient élevés pour elle, gavés pour elle, tués pour elle. Et après j’ai goûté celui du commerce. J’ai aussi à cette époque découvert les magrets de canards confits. J’ai eu la chance de goûter tout cela au bon endroit de France, avec les meilleurs produits. Pour moi le gros coup de coeur de la cuisine française, c’est la cuisine du Sud Ouest. Mais je trouve que la cuisine provençale est fantastique aussi, la Bourgogne, la Bretagne. Vous avez trop de choses délicieuses chez vous! Je suis un fou de coquilles Saint-Jacques de Bretagne, des huitres d’Arcachon. Mais aussi les fromages du pays Basque avec la confiture de cerises noires… Ça pour moi, c’est la quintessence de la simplicité: un plus un font deux. En ajoutant le vin et le pain, c’est le paradis! J’ai des connections avec la cuisine française car ma grand mère maternelle était basque française. J’ai une part de moi qui est française et je me sens chez moi quand je suis en France. J’adore la musique française aussi: Gainsbourg! Je suis fou de Gainsbourg, mais vraiment fou…! Hier j’avais même un t-shirt de Gainsbourg. Pour moi c’est l’un des trois musiciens les plus importants du monde. Chaque année je fais un show culinaire à l’ambassade de France à Lisbonne. Pour moi la France est très importante. J’aime son cinéma aussi. J’ai d’ailleurs beaucoup de sponsors français.
Il y des donc des chances d’entendre parler de Chakall dans les années à venir sur les écrans français alors?
Oui peut être mais je dois améliorer mon français. Je dois rester au minimum quatre mois pour le parler parfaitement (note de Bernard: je rappelle cependant que l’entretien s’est déroulé en français!). Pour le moment c’est la Chine et l’Allemagne. Mais j’espère vraiment pouvoir venir dans votre pays que j’adore!
Olympe: Mon père se met à la cuisine par goût à 53 ans, alors qu’il était avocat. Ça fait un gros changement! Ma mère cuisine bien, mais pas pour un restaurant. Elle avait une auberge dans le sud et a arrêté de travailler à l’âge de 88 ans. J’avais des grands-mères qui cuisinaient, aussi bien du côté de ma mère avec des ascendants italiens, que du côté de mon père, plutôt corses. Tout cela joue dans ma culture et je ne me suis absolument pas préparée à ouvrir un restaurant. C’est le hasard qui fait que j’achète une boutique rue du Montparnasse et qu’à la suite de cela, j’ouvre un restaurant, alors que je voulais travailler dans la mode.
Je trouve que le mot « grande cuisine » est un peu démodé. Ça me fait penser un peu à la cuisine des années cinquante. Alors que la cuisine aujourd’hui, peut être comme celle de Ferran Adria qui est une cuisine très moderne. On n’emploie plus ce terme. Mais je ne me suis jamais vraiment posée la question. Je pense que le principal de la cuisine, c’est qu’elle doit être bonne, avec des bons produits et laisser à chacun la liberté de la concevoir, un peu comme Thierry Marx et sa cuisine très moderne. Mais je suis toujours étonnée. Car c’est une cuisine moderne dans la présentation, mais finalement dans le goût, ça reste toujours la même chose. Si Ferran Adria il y a 10 ans fait des petit pois, en réalisant une restructuration de petits pois très complexe à la fabrication, c’est en fait pour retrouver le petit pois. C’est pour retrouver un liquide enrobé qui a le goût de petit pois. Je trouve que c’est assez marrant de le goûter une fois, deux fois. Mais ce que j’aimerais, c’est que l’on me donne d’autres goûts. Et d’autres goûts, je n’en connais pas! J’ai toujours découvert des goûts, même dans cette cuisine extrêmement moderne, mais qui reste toujours des goûts que l’on connait. Il faudrait que ce soit plus innovant, dans des goûts inconnus. Je pense qu’ils sont trop vieux pour chercher ces goûts!Une de vos passions est la lecture. Est-ce vrai que vous ne consultez jamais de livres de cuisine?

Oui c’est vrai, je n’ai jamais lu de livre de cuisine au complet. Mon père m’avait mis dans la tête de lire les recettes d’Ali Bab (Gastronomie Pratique). Je les ai donc consultées, mais elles sont extrêmement complexes. Car c’est une cuisine que l’on ne fait plus. Il fallait cuire 4 lièvres pour faire une sauce… En revanche, il m’arrive d’acheter des livres de cuisine, uniquement pour les images. Mais j’ai donné toute ma bibliothèque de livres de cuisine, je l’ai distribuée. Je consulte encore un peu des magazines culinaires aussi, mais toujours pour les photos. Ça me donne des idées. Ça ne me donne pas l’idée de la recette, mais l’idée d’un produit, d’une présentation. C’est donc plus visuel que la vraie lecture d’une recette. J’ai essayé des recettes de pâtisserie, parce que ce n’est pas mon fort. Mais je n’ai rien compris! (rires)
Certains des tableaux présents dans la salle de Casa Olympe, ont été peints par votre maman. Vous peignez également. Y a-t’il pour vous un parallèle entre la création d’un tableau et la cuisine?
Oui! Ma maman était peintre. Depuis toute petite, j’ai baigné dans les odeurs d’huile de lin et autre peinture… Je n’ai pas appris le mélange des couleurs. Je n’ai pas de mémoire, je suis incapable de me souvenir du nom d’une couleur que j’ai mélangée. Je ne le retrouve qu’en le voyant et c’est en mélangeant que je trouve les couleurs qui m’intéressent. C’est assez facile, j’arrive à recréer une couleur, si je sais ce que je veux. Et c’est un peu comme travailler des épices. Ça ressemble à ça. On mélange les odeurs pour obtenir un produit avec lequel on va travailler. J’aime beaucoup les couleurs comme j’aime les épices, mais je mets moins d’épices qu’auparavant. Je voudrais arriver à faire une cuisine sans épice et sans herbe. Ce n’est pas évident, mais petit à petit j’y arrive.
Je suis allée il y a plus de dix ans chez Ferran Adria et j’avais beaucoup aimé. Cela m’avait beaucoup plu, dans le goût et dans l’idée de la présentation. Je n’y suis pourtant plus retournée depuis 2000. Quant à admirer… j’admire très difficilement, surtout les cuisiniers. J’ai eu bien sûr beaucoup d’admiration il y a longtemps, mais maintenant je ne sors plus dans les restaurants. Je vais chez des copains dont j’aime bien la cuisine. Je ne fréquente pas vraiment le milieu. Il y avait dans les années 80, Frédy Girardet, qui était à Crissier en Suisse que j’aimais beaucoup et Jean-Marie Amat à Bordeaux. Ils étaient des cuisiniers qui m’avaient marquée étant jeune, et qui étaient vraiment intéressants.
Sur la médiatisation télévisuelle: c’est vrai qu’à l’époque j’étais la seule femme. Il y avait des hommes, comme Raymond Oliver, son fils, Michel Oliver et Michel Guérard. C’est tout et moi j’arrive, la quatrième, une femme, qui fait des émissions de télévision. J’ai fait ça pendant quatre ans et je faisais ça en direct! On me disait : « aujourd’hui tu as onze minutes ». La fois d’après c’était neuf minutes, et il fallait que je me débrouille pour faire une recette et la faire comprendre aux téléspectateurs. C’était très complexe, mais ça fonctionnait pas trop mal. Et pourtant je n’ai jamais été trop fan de la télé. J’aimais beaucoup la radio. Il y avait trop de stress à la télévision.
Thierry Serfaty: D’abord oui je garde du temps pour cela, parce que je n’ai pas le choix. Je n’ai pas du tout envie de finir avec du surgelé en permanence dans mon assiette, ou du fast food, je ne pourrais tout simplement pas. Je ne supporte pas. Mais au début, ce n’était pas par passion. J’ai commencé mon rapport avec la nourriture par nécessité. Pour manger au début, c’était par nécessité, manger pour vivre. Et puis c’est culturel, j’ai des origines orientales. Mes grands parents, mes parents sont nés au Maroc, même si à la base mes origines sont françaises, Serfaty signifiant « le français ». Mais j’ai eu pas mal de générations en Afrique du nord, et ils ont vraiment épousé les coutumes d’Afrique du nord, qui consistent à se retrouver de façon très chaleureuse autour d’un repas. Il y a le plaisir de partager, le plaisir de cuisiner ensemble. Je ne sais pas si il y avait le vrai plaisir de manger. Le plaisir était dans la préparation. Il devait y en avoir aussi, mais j’ai toujours entendu aussi: « il faut manger, mange, mange! ». En plus j’étais obèse tout petit, ça a peu changé… Et j’ai eu une phase avant cela où l’on s’inquiétait, on me disait « mange ». J’étais très gros jusqu’à l’adolescence, plutôt rond mais vraiment obèse avant cela. Donc tout cela pour revenir au fait que mes grand-parents ont vécu au Maroc, mes parents y ont vécu vingt ans. J’y allais en vacances tous les ans, surtout que mes parents qui ont rejoint mon oncle en France, n’avaient pas beaucoup de moyens. Ils nous envoyaient l’été chez nos grands-parents. J’y allais tout le temps. J’avais des saveurs orientales. Puis cette chaleur, ces tables qui débordaient de belles et bonnes choses… Mais malgré tout cela, j’ai commencé mon rapport avec l’alimentaire avec cette phrase: « il faut manger ». Donc c’était quelque chose de forcé, c’était un peu casse-pied pour moi, et j’ai donc eu longtemps ce rapport là. Ce qui fait que j’avais une forme d’obligation à l’égard de la nourriture en me disant « il faut manger pour être bien, pour me sentir mieux et pour grandir » et je n’avais alors pas vraiment de plaisir. Avec le temps, ça a changé. Mas j’ai gardé en tête des choses avec des saveurs assez fortes, assez relevées, et aujourd’hui j’ai quand même envie de prendre le temps pour manger, pour ne pas finir avec des choses insipides dans mon assiette. Car d’une part j’avais cette obligation de manger, mais en même temps, c’était savoureux et agréable, chaleureux, affectueux. J’ai donc une nostalgie quand je cuisine. J’ai envie de retrouver les choses que j’ai mangées en étant petit. Je vais prendre un petit peu le temps pour ça et j’en trouve oui. Je prends le temps pour que ce soit des choses simples, mais qui aient un sens pour moi. Un sens, ça peut être dans le sens « les sens »… Il faut que cela éveille quelque chose, que cela me rappelle que je suis le « fruit de »! Vous savez dans ces familles orientales, il y a la transmission, le passage et j’essaie un petit peu de retrouver ça. J’ai demandé à ma grand-mère de me donner des recettes, qui vont disparaitre forcément un jour ou l’autre. Mais elle a une façon toute orientale de me les donner: « oh tu mets un petit peu de ça, tu mets une poignée de ci, jusqu’à que ce soit… » et toute la recette est comme ça. Donc une recette de pastilla expliquée comme cela, c’est un peu compliqué, d’autant plus qu’elle me dit que cela prend deux jours. Mais je ne m’en sors pas, il faut que ce soit des micro-grammes…
Ma mère est une excellente cuisinière, vraiment très fine, subtile, avec uns sens très aigu des mariages de saveurs. Elle peut y consacrer énormément de temps. Elle a toute la patience que je n’ai pas. En gros moi, quand je cuisine, il faut que ce soit simple, que ça satisfasse mon besoin nostalgique de retrouver certaines choses. Je manque par contre de rigueur. Or ce que je préfère pourtant cuisiner, c’est le sucré. J’adore les gâteaux, j’adore préparer des gâteaux, et c’est pour moi une véritable science, la pâtisserie. J’ai l’impression que si il y a bien un territoire où l’on ne peut pas se permettre de ne pas être rigoureux, de ne pas suivre la recette, de ne pas changer quoique ce soit, c’est la pâtisserie. Or je le fais tout le temps! Ce qui fait que les résultats sont très aléatoires. Je les assume, je suis toujours en train de changer quelque chose. Pas parce que je me sens des capacités particulières pour inventer des choses! Non, c’est parce que souvent, je n’ai pas toujours ce qu’il faut, ou bien j’ai la flemme d’aller chercher: « oh ça ira bien, j’ai pas ci mais je mets ça, oh j’ai pas de sucre roux, mais j’ai de la cassonade… ». Donc voilà, je vais un peu bidouiller et les résultats sont à la hauteur de mon imagination…! (rires) Vous avez effectué une partie de vos stages de médecine à Montréal. Vous avez également vécu en Alsace et à Marseille. Quels souvenirs culinaires gardez-vous de ces régions?
Alors à Montréal, j’ai une immersion familiale telle, qu’on peut dire que j’ai mangé au Maroc! Donc à part les curiosités du type « poutine » que l’on peut trouver à Montréal, je n’ai pas de souvenirs culinaires. Pourtant j’y retourne souvent. J’ai tellement d’autres souvenirs de cette ville, tellement de belles choses, que je me suis passé des souvenirs culinaires. Je n’étais pas encore dans une phase ou j’aimais tant le sucré. Donc même les tartes au sucre, ou aux pacanes, je n’en mangeais pas. Et comme je n’aime pas trop la viande et que je préfère le poisson… Voilà! Mais ma tante fait un couscous éblouissant. Le souvenir le plus marquant, c’est finalement le couscous québécois! Tabernacle c’est possible ça! Pour Marseille, quand le pense à cette ville, je pense tout de suite à un mélange de saveurs grillées, d’huiles et d’herbes. J’ai tout de suite ça en tête. J’ai l’impression de n’avoir mangé que comme ça en étant là-bas et j’adore. Je garde d’ailleurs beaucoup du méridional dans ce que je fais aujourd’hui dans ma cuisine. Je n’utilise que l’huile d’olive pratiquement. On me la rapporte des Pouilles, car j’aime beaucoup l’huile d’olive italienne. J’ai des parents qui aiment manger, qui sont très pointus. Ma mère est comme je l’ai dit une fine cuisinière, mon père est un très fin gourmet et ils ont des fixations sur l’huile qu’ils nous transmettent… Pour Strasbourg, j’en ai beaucoup à dire, trop peut être pour notre entretien! Déjà il y a les « bredele » que j’adore, les petits gâteaux de Noël. J’avais un cabinet à Strasbourg pendant cinq ans. Et les patients m’apportaient pendant la période de Noël, enfin de novembre à janvier, des paquets et des paquets de « bredele ». J’ai au moins trois livres sur les petits gâteaux de Noël, des tonnes de recettes, j’adore vraiment ça! Par contre je n’ai pas la patience pour les faire. Les petites formes, les décoller, les cuire… J’aime le sucré, mais je n’ai pas la patience pour les petits trucs comme ça!! Je ne peux pas, ça me casse les pieds! J’aimerais bien faire un bredel qui soit immense, qui fasse un mètre carré, je le mettrais au milieu de la cuisine et je le couperais en morceaux et je mangerais un petit bout à chaque fois. Ça, j’adorerais! Je fais d’ailleurs ça avec des galettes Saint Pierre. J’aime également énormément la tarte flambée. Je ne peux pas aller à Strasbourg sans manger une flammenküche. Mais il ne faut pas la manger en ville, il faut la manger en dehors de Strasbourg. C’est une hérésie que de manger en ville, parce que le fromage n’est pas frais, c’est à dire qu’ils prennent le fromage blanc qui est à peine fromage blanc, qui n’est pas loin de la crème. C’est délicieux, mais il faut savoir où aller, dans quels villages, pour la déguster.
Quel est votre péché mignon inavouable, mais dont vous vous délectez en cachette?
Je vais osciller entre les mini-twix et les haribos! (rires) J’en suis au point d’être nauséeux après. J’ai des sacs entiers qui sont cachés derrière le sucre dans le placard. J’essaie d’arrêter les haribos, j’essaie de me sevrer. Je vais partir en cure avec Britney Spears et Guy Martin (voir l’interview de Guy Martin et son addiction aux bonbons!!) . Et heureusement il y en a peu ici, mais j’aime bien les « jelly beans » aussi! Et hélas, j’étias à San Francisco il y a peu. C’était le drame, car je fais mes cocktails. Ils vous disent de prendre ananas et coco et ça vous donne « pina colada ». Mais ça ne marche jamais (rires). Je suis donc obligé de le faire plusieurs fois, en ayant à chaque fois bon espoir d’y arriver. Je finis toujours la boite sans jamais trouver la saveur… Et il y a aussi les M&m’s aux cacahuètes… Mais j’ai un peu décroché avec eux car je suis allé au magasin M&m’s à Las Vegas et j’ai eu un tel écoeurement, que je me suis dit « plus jamais »! Je reste donc sobre, je reste haribos et twix!
Je vous ai donc surpris sur mon blog pour trouver des recettes. Vous arrive-t’il de parcourir souvent les blogs de cuisine, les sites pour trouver des idées?
Tout le temps. C’est à dire que je ne sais rien, donc je suis toujours en train de chercher. C’est un constat terrible d’une ignorance parfaite en cuisine. Maintenant un peu moins, à force de chercher. Je vais souvent sur la blogosphère, mais pour des bêtises en plus. Sinon je suis très « livres de recettes ». J’aime les livres de recettes, j’adore le papier. J’en achète des tonnes que je consulte assez rarement. Pour internet, j’y vais par exemple quand je suis en train de peler mes asperges, je me demande combien de temps je dois les cuire et comment… Voilà, c’est le genre de choses que je cherche souvent. Ou alors je veux faire des meringues, comme je les rate régulièrement, je cherche donc une recette avec 854 commentaires positifs qui disent « génial, inratable ». Là c’est pour moi! À moi la meringue! Pour les sites, je vais souvent sur Marmiton, car pour un même plat, il peut y avoir une centaine de recettes différentes. Et puis, il faut dire que le reste maintenant est en train de mourir, parce que j’ai « la cuisine de Bernard ». Que voulez-vous que je fasse? C’est triste pour les autres sites, mais nous n’y pouvons rien cher ami (rires)! Je vais sur votre site bien entendu pour le sucré. Quoique non, j’ai fait récemment un soufflé au fromage! Bon, il n’a pas levé autant que le votre, on avait l’impression qu’il y avait une explosion nucléaire sur le fond de votre plat. Mais il était très bon. Pour le reste, j’ai compris quelque chose, je n’utilise plus que des bons ingrédients. Je vais prendre des oeufs fermiers, je vais acheter des pastilles Valrhona chez G.Detou, que je mélange, Manjari et Guarana… Toujours de la recomposition.
Y-at’il un livre de cuisine qui, pour vous, se démarque des autres, qui serait presque un livre de chevet?

Oh oui! J’ai une bible. Même deux. Un, pour tous les jours, c’est la « Cuillère d’Argent » (aux éditions Phaidon). Et l’autre, quand je veux faire quelque chose de mieux, de plus élaboré, que j’aime bien pour la cuisine de tous les jours, c’est « Tentations » de Philippe Conticini. Pour la pâtisserie, j’en au moins quinze, et je finis toujours pourtant pas faire mon même sempiternel fondant au chocolat… Mais je peux passer des heures dans ces livres de cuisine, je ne sais pas pourquoi. Mais les deux premiers ne sont pas sur ma table de chevet. Je les adore mais c’est trop compliqué parfois.
Vous voyagez beaucoup. Y-a t’il pour vous un pays qui se démarque des autres pour des raisons culinaires?
Le brésil. Clairement, parce qu’en plus c’est tellement grand, il y a tellement de régions, que les choses changent. Il y a une variation, une richesse là bas. Vous pouvez aller dans le nord-est et manger quelque chose, ensuite vous retrouver plus bas vers la frontière avec l’Argentine et changer de saveurs. Vous retrouver à Sao Paulo et trouver une perfection dans la cuisine occidentale. Le Brésil est fabuleux, c’est un éventail de saveurs. J’aime les plats qui me racontent quelque chose. J’aime savoir ce qui s’est passé pour un plat. Quand je prépare une « moqueca » (plat typique de Bahia) de poisson ici, je suis par contre capable de parcourir tout Paris à la recherche de la bonne huile de palme… C’est un plat merveilleux. Le sucré dans ce pays, ne me manque pas. Il y a du poisson, j’adore ça. J’aime les choses simples, et il y a beaucoup de plats simples et rustiques, comme la « feijoada », qui a une histoire.
Y-at’il pour vous un rapport entre votre littérature et la cuisine?
Je ne sais pas si il y en a un, mais moi, je traite les deux de la même façon, avec ma recomposition permanente! Cela dit, ce n’est pas tout à fait vrai! Je suis beaucoup plus rigoureux en littérature. Toutes les recettes que je n’arrive pas à suivre pour la cuisine, je les suis à la lettre pour écrire un livre. Il y a des méthodes que j’emploie. J’ai des plans très détaillés, je me suis fait un modèle de grille, une écriture etc… Toute la rigueur que j’ai en écriture, me pèse ensuite pour la cuisine. Mais en littérature en général, il y le même panel de saveurs, la même richesse des goûts, toutes les compositions possibles. Il y a autant de plats que de cuisiniers, donc autant de bouquins que d’écrivains.
Si vous deviez choisir votre dernier repas (horreur!!), de quoi serait-il composé?
Je mangerais beaucoup! Je finirais forcément avec haribo et twix! Il y aurait une soupe de riz de ma grand-mère. Une tarte flambée. Une épaule d’agneau. Je ne suis pas dingue de viande, mais j’adore l’épaule d’agneau. Sans doute également une moqueca de poisson. Pour finir un cheesecake. Je ne peux pas vivre sans cheesecake! Et un thé « Forêt du Lion » que je trouve chez quelqu’un que j’adore, Yuan à Toulouse. Voilà ce que serait sans doute mon dernier repas. Je prendrais du Bourgogne blanc et peut être ensuite un vin rouge espagnol ou chilien. Mais si dans tout cela je devais garder un truc, ce serait le cheesecake. Et l’endroit dans le monde où je le préfère, est à New-York, chez Magnolia. Ou alors aussi celui de Sara Beth au Meatpacking District.
Pour finir, une dernière question non culinaire! Vous venez de sortir un livre, « Demain est une autre vie », vous avez vendu récemment vos droits d' »Oscar Pill » à la Warner pour créer un film avec les producteurs de « Harry Potter ». On entendra donc parler de vous, enfin sous votre pseudo « Eli Anderson », dans le monde du cinéma d’ici 2016 (date de sortie présumée pour le ou les films). Allez-vous participer au processus d’élaboration du film?
Je pense qu’il va y avoir ce que l’on appelle, une consultation de politesse. Ils vont nous (Thierry et sa maison d’édition) demander ce que l’on en pense, nous interroger, mais si notre avis correspond à ce qu’ils veulent, ce sera bien, mais sinon, tant pis pour nous en gros…! Mais il faut accepter. C’est à dire que Warner et Heyday Film qui sont associés, avec David Heyman, ont produits les sept Harry Potter et c’est lui qui a choisi Oscar Pill. Mais ce sont des gens qui ont des contraintes importantes, et ils ont acheté une franchise, les droits d’Oscar Pill. Tout ce que j’écrirai leur appartiendra, en termes d’images. Tout cela est très large, et il ne me demanderont sans doute pas mon avis pour tout. Mais cela ne m’intéressera pas forcément d’y participer, c’est un autre monde, c’est une autre création. ll faut laisser les gens s’approprier une oeuvre et en faire leur propre oeuvre.
Pour tous ceux qui ne veulent rien louper de l’actualité de Thierry Serfaty, je vous invite à consulter son site…
Non, pas du tout. J’avais déjà créé une boite auparavant, dans les nouvelles technologies, qui a été revendue à des Américains. Je n’avais donc aucun rapport avec la nourriture. J’étais déjà gourmand, mais après cette première expérience entrepreneuriale, et avec ce CAP en candidat libre, je voulais avant tout apprendre un métier de mes dix doigts, apprendre un métier manuel. J’avais une formation d’école de commerce qui était assez abstraite, et je voulais apprendre un vrai métier. Quand on sort d’une école de commerce, on n’a pas de vrai métier. Tu as des copains qui sont avocats, médecins, chauffeurs de bus. Je n’avais pas de métier auparavant, et là j’avais un métier de pâtissier boulanger. Mais finalement, je suis parti dans une autre direction, au service marketing d’Air France, ce qui montre que je n’avais pas de but avec ce CAP. D’ailleurs, entre parenthèses, on fait un vol-test cette semaine (mars 2011), avec cette compagnie, sur Los Angeles, avec des « Vaches à Boire » en Première et en Affaires. J’ai fait donc deux ans chez Air France, dans le service marketing « Europe ». Après cela, j’ai pris une année sabbatique pour créer le « Guide des Boulangeries de Paris ». On avait visité les 1263 boulangeries parisiennes pour noter la qualité du décor, du service, du pain et de la viennoiserie. On a également réalisé une enquête sur les dix restaurants « trois étoiles » parisiens. On avait rencontré Guy Martin, Guy Savoy et tout le monde. Voilà, rien n’est calculé dans mon parcours, mais tout s’explique. Si je n’avais pas passé mon CAP de boulangerie, peut être que je n’aurais pas eu l’idée de « Michel et Augustin ». C’est en vivant à travers ces expériences et ces idées, que mon parcours s’est fait tout seul.
Je ne sais pas si on peut parler de succès, mais en tout cas, ce que j’apprécie dans ce que l’on fait, c’est la démarche de sincérité dans laquelle on est. Aujourd’hui, on ne fait pas tout bien, mais tout ce qu’on fait, on le fait avec passion, engagement et sincérité. Mais au départ, on voulait proposer une marque différente, qui soit une histoire vraie, partagée avec les consommateurs. Dans la construction même de la marque. On n’a pas créé une marque, car ne n’est pas un nom inventé. C’est juste deux prénoms de deux potes de lycée, et on va construire une aventure humaine, gourmande, joyeuse avec des produits sains, les plus naturels possible. Je pense que c’est la sincérité, le côté positif et la joie de vivre. Après, évidemment, les gens achètent pour la marque, et les gens rachètent si la qualité est là. Donc on fait très attention, c’est notre priorité absolue depuis le départ, et aujourd’hui on commence à être à un bon niveau. Le but est vraiment d’avoir des produits de top qualité, qui se vendent dans les supermarchés.
Évidemment, mais là en fait, j’ai aussi une démarche très sincère. Sans « Ben&Jerry’s », je n’aurais sans doute pas eu l’idée de monter une marque alimentaire. Sans eux, je n’aurais pas monté « Michel et Augustin » telle que la marque existe aujourd’hui, mais depuis le jour où j’ai décidé de lancer notre marque, « Ben&Jerry’s » ne m’intéressent plus, même si j’aime leurs produits et que je peux consommer leurs glaces. Je ne m’appelle pas Jerry, et Michel ne s’appelle pas Ben. Nous ne sommes pas des hippies dans les années soixante aux États-Unis, et on a des modèles économiques et même des produits, très différents. Donc je suis très fier d’être un disciple de « Ben&Jerry’s », mais on a créé un univers qui n’a plus rien à voir avec le leur. Les valeurs de la marque sont les mêmes, mais l’histoire que nous avons vécue, n’est pas la même, et nous ne sommes tout simplement pas « Ben&Jerry’s ».
Alors la réponse est oui, on a beaucoup de gens qui envoient des recettes, surtout aux portes ouvertes de la Bananeraie, chaque premier jeudi du mois à 19h00. Mais non, il n’y a pas de recette qui a été directement prise sur des consommateurs. Par contre, il y a beaucoup de consommateurs qui nous font des remontées d’informations sur les produits, positives et négatives. On intègre le maximum de critiques négatives, mais aujourd’hui il n’y a pas un produit dans son intégralité, issu d’une personne extérieure. Par contre, on vient de sortir les « cookies pâtissiers très très bons », et une personne nous a envoyé la semaine dernière un mail, pour une recette de cookie à la pistache. On va tester la recette d’un vrai cookie pâtissier à la pistache, car cela m’amuse et m’intrigue. Je pense qu’il y a un truc à faire, c’est original. Si on le sort, on la remerciera, mais voilà, pour l’instant il n’y a pas de produit issu dans la totalité par un consommateur.
Le mythe dit 400 recettes, des dizaines de bouquins. Mais le pire est que je pense qu’on en était pas loin. On a beaucoup lu, et d’ailleurs au bout d’un moment, c’était un peu l’usine à gaz. Ce que je trouve intéressant, c’est que si l’on tape « recette de sablé » sur internet, il y a 50.000 recettes différentes, à la fois en terme d’ingrédients, de poids d’ingrédients et de processus de fabrication. Il y a l’émulsion, le sablage. Il y a les gens qui mettent les jaunes, d’autres qui n’en mettent pas. Bref, il y a toutes les techniques possibles. Donc effectivement au départ, on s’est lancé pour devenir les experts mondiaux de la pâte sablée! On a fait des centaines d’essais. Savoir si on en a fait 432 exactement, ça je n’en sais rien, mais en a fait beaucoup beaucoup! Puis honnêtement au bout d’un moment on était tellement paumé, qu’on a dit « ok celle là est bien, on l’adore, on la garde, on arrête de se prendre la tête ». On s’est arrêté parce qu’il fallait choisir et se décider.
Pour l’instant c’est en stand by, car il faut bien que l’on travaille pour vivre, et on ne peut pas vivre que de ses passions. Même si on a réussi à trouver une passion qui est en même temps un vrai business économique dans le bon sens du terme. Mais oui, j’ai envie de me replonger dans la boulangerie, car j’avais acquis un vrai savoir, une vraie connaissance du milieu, qu’on n’a pas du tout mis au profit de nos consommateurs. Et aujourd’hui, je vais essayer de ramener un peu l’univers de la boulangerie, les bons plans gourmands à Paris, tout cela pour les gens qui suivent ce que l’on fait. Pour finir, quel est le nom de la vache?
Il n’y en a pas! On trouvait que lui donner un nom, c’était la banaliser. Donc elle n’a pas de nom et c’est ce qui la rend singulière!
Guy Martin: C’est compliqué à dire. Je ne sais pas, par son travail, la façon dont il appréhende les plats, la vie, sans doute aussi par sa recherche de l’excellence, la façon d’essayer d’aller au fond des choses. Ça veut dire chercher les meilleurs produits au meilleur moment et d’avoir toute une chaine de cultivateurs, de paysans, d’éleveurs etcetera qui vont vous donner les meilleurs produits. Puis après c’est d’interpréter ces produits en fonction de sa sensibilité.
Ce n’est pas un doute, c’est une réalité. Ce sont des recettes qu’il faisait à la maison, mais il n’était pas du tout cuisinier. Ce livre est un hommage à mon père, à mes parents. La passion de la cuisine me vient de la passion de manger correctement à la maison, de différencier le bon du fin, parce que ma mère cuisinait très bien. Mes parents recevaient et sortaient beaucoup. En arrivant adulte, je savais manger. Je ne savais pas cuisiner, mais je savais apprécier les choses. Après, c’est une suite d’événements, notamment de lecture de livres de cuisine. Je me suis dit, « tiens, pourquoi je ne serais pas cuisinier? » Voilà, c’est venu un peu par hasard. Mais dès ma plus tendre enfance, j’ai baigné dans un milieu d’épicuriens, de cigares, de vins.
Elle est à plusieurs niveaux, pour moi qui suis de la montagne. C’est d’abord le respect, parce que j’ai plutôt une formation sportive. Le respect de la montagne, le respect de l’autre, c’est l’éducation qu’on a reçu. Je dirais que c’est là, au départ, des choses qui peuvent aider dans la vie mais en même temps, c’est de savoir comment fonctionnent les saisons, comment marche le monde de l’agriculture, puisque j’habitais dans un village de paysans. C’est comprendre le cycle du temps et en même temps, c’est reconnaitre les beaux produits, avoir de l’oeil.
Oui, parce qu’en fin de compte, la carte, il faut bien l’imprimer. Comme je l’ai dit, il faut quinze jours, trois semaines, pour l’écrire, l’imprimer etcetera. Il faut toujours anticiper, mais après, quand elle arrive, et bien on est dedans. Mais je suis toujours émerveillé par la qualité de nos produits, par le travail de ces cultivateurs, paysans, de ce qu’ils arrivent à nous donner. Je trouve que de plus en plus il y a une recherche. Je suis très optimiste sur l’avenir. Même sur l’industriel, ils font de mieux en mieux, ils font des choses vraiment bien.